La Carte de l'ONU

yasserTout le monde possède un nom, mais nous autres Palestiniens avons aussi un numéro. Moi, Yasser, par exemple, qui suis né dans une famille de réfugiés dans le camp de Deheishe, j'ai une carte de l'ONU avec le numéro .... ! Cette carte prouve que je suis un réfugié. Elle sera, espérons-le, un moyen de nous rendre nos droits et de résoudre le problème des réfugiés palestiniens.

C'est au début des années 1950 qu'on commença à distribuer la carte de réfugié de l'ONU à certains des 800.000 réfugiés palestiniens qui durent quitter leurs maisons à l'établissement de l'Etat d'Israël en 1948. L' UNRWA, l'agence de l'ONU en charge des réfugiés palestiniens, s'était inspirée de la Croix Rouge qui, à ses débuts, avait mis en place un système similaire de cartes pour s'assurer que les réfugiés ne recevaient pas davantage de vivres que leur quota familial. Ce furent principalement les réfugiés rassemblés dans les camps qui reçurent ces cartes. Ces cartes et, avec elles, le statut de réfugié enregistré auprès de l'ONU, donnèrent aux réfugiés palestiniens le droit de recevoir des aides sous diverses formes: un logement sommaire, une éducation, des services médicaux et du ravitaillement en nourriture.

Au début, ces cartes étaient perforées de trous indiquant que la famille concernée avait reçu son quota de vivres de la part de l'UNRWA. Récemment, lorsque la distribution de vivres se fit moins fréquente, de nouvelles cartes furent distribuées aux réfugiés, les divisant de fait en réfugiés de première et seconde classe. La "première classe" est alors formée par les réfugiés vivant toujours en camp. La "seconde classe" est formée par les réfugiés qui ont quitté les camps en raison de leur exiguité pour construire de nouvelles maisons et y vivre. Il ne faut pas s'attendre à ce qu'ils reçoivent les mêmes aides de la part de l'UNRWA. L'UNRWA affirme disposer de moins en moins de ressources et, par conséquent, tend à supprimer les services fournis aux réfugiés palestiniens. L'organisation a également fait le choix de travailler pour d'autres Palestiniens que les réfugiés. Par exemple, elle a établi des équipes médicales mobiles destinées exclusivement aux villages situés dans les régions reculées. Même si de tels projets sont nécessaires, ils remettent néanmoins en cause la volonté et la capacité de l'UNRWA à venir en aide à ceux-là même qu'elle était à l'origine censé aider.

Il est devenu au fil des ans de plus en plus évident que l'organisation est incapable de faire connaître la situation difficile des réfugiés palestiniens et de promouvoir une solution juste concernant ce problème. Aussi longtemps que le problème des réfugiés restera sans réponse, aussi longtemps que le droit au retour n'aura pas été établi et effectué, nous autres réfugiés palestiniens aurons toujours besoin de nos cartes de réfugiés de l'ONU.